Vous partez en voyage. Vous souhaitez voyager léger. Un seul livre autorisé. Pas intérêt à vous tromper. Dans la pile sur la table, il y a celui-là, petit, attirant, avec quelque chose de soyeux dans l’apparence. De sanguin aussi. Un peu inquiétant mais pas assez pour s’en méfier. Le dessin d’un drap en couverture. Un livre, un objet, un compagnon déjà familier. Il vous saute dans la main, et s’y love. Vous ne protestez pas. Vous ne savez pas encore qu’il recèle une bête, une petite bête de rien du tout qui va vous entrer dans le cœur et y demeurer. Longtemps. C’est un livre dont on ne se défait pas. C’est une histoire terrible d’enfants. Une sœur et son frère, abandonnés à la folie de leur mère. (…) Craignez, mais ne fuyez pas cette histoire cruelle et cependant infiniment belle, Cette petite bête que tu as sur la peau .
Cette bête que tu as sur la peau de Marie Chartres, vu par Gisèle Bonin, Les éditions du Chemin de fer, Nolay, 2011.
Un mot sur les superbes dessins de Gisèle Bonin, offerts en contrepoint – et non en illustration – au texte de Marie Chartres et dont la présence énigmatique ajoute au mystère et à la densité du texte et contribue à faire de ce livre un objet précieux.
Gisèle Bonin dessine au plus près de la matière. Que son crayon s’attaque à l’épiderme, à une chevelure, un infime détail de corps, poils ou nombril, Gisèle Bonin s’éloigne de l’identité et de l’anecdote pour révéler la matérialité même des choses et la lumière qui en transparaît.
Oui, le travail est virtuose, mais il a la force de ne pas se suffire de cette habileté pour nous interroger avant tout sur la matière, sur le temps… Et dans le travail réalisé pour Cette bête que tu as sur la peau, on s’étonne de tant d’émotion dans le plissé alourdi d’une couverture.
José Morel Cinq-Mars, écrivain, critique
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